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Solide comme le… R.O.C.C

Interview croisée de Jean-François Pescheux et Thierry Gouvenou

On ne présente plus Jean-François Pescheux, ancien coureur professionnel, et Directeur sportif du Tour de France. Mais celui qui dessine le parcours de la Grande Boucle a été le Président du Rassemblement des Organisateurs de Courses Cyclistes (R.O.C.C) pendant 8 ans. Il a défendu les intérêts de l’ensemble des directeurs de courses françaises et a pu mesurer les évolutions récentes du cyclisme. Il nous donne un avis éclairé sur le métier d’organisateur de courses de vélo.

Dans ce panorama, nous avons aussi souhaité interroger Thierry Gouvenou, son bras droit et successeur à la tête du R.O.C.C…

1. Pouvez-nous expliquer comment fonctionne le R.O.C.C et quel est son champ de compétences ? Quels sont ses interlocuteurs quotidiens ?

Jean-François Pescheux J.F.P : Le R.O.C.C est le Rassemblement des Organisateurs de Courses Cyclistes. Cette association existe au même titre que l’Association Internationale des Organisateurs des Courses Cyclistes. Le R.O.C.C. regroupe 100 % des organisateurs français des courses professionnelles et environ 60 courses amateurs. Elle permet aux organisateurs français d’être représentés dans les différentes commissions de la LNC (Courses professionnelles : World Tour, Hors Classe et Classe 1) et de la FFC (Courses amateurs : Classe 2 et Classe 2.1) ainsi qu’au Ministère des Sports et de la Jeunesse.
Le R.O.C.C représente les organisateurs devant les pouvoirs publics. Il intervient notamment sur les problématiques de sécurité et dans les négociations sur le coût du service d’ordre, par exemple.

Vis-à-vis des équipes professionnelles, le R.O.C.C met en place un accord avec la LNC, pour que les organisateurs français invitent systématiquement les équipes professionnelles françaises sur les courses. Par contre, le R.O.C.C n’intervient pas dans le choix des équipes, il s’agit là d’une des prérogatives de l’organisateur.


Thierry GouvenouT.G : Le R.O.C.C prend en compte les intérêts de toutes les courses cyclistes françaises. Toutes les courses professionnelles sont représentées, le Tour de France, les courses dites « hors classe » et celles de « classe 1 ». Les courses amateurs sont elles aussi présentes, bien que moins fédérées autour de l’association.

L’objectif initial était de se rassembler pour être plus fort et pouvoir parler d’une seule voix au nom des organisateurs français. Nos interlocuteurs privilégiés sont les équipes professionnelles, la LNC, la Fédération parfois et surtout les pouvoirs publics lorsqu’il s’agit de négocier le coût de la sécurité. Lorsqu’il a fallu faire face à l’augmentation des frais liés à l’intervention des forces de l’ordre sur les courses, le R.O.C.C a négocié pour l’ensemble des courses.

Les membres du R.O.C.C. se retrouvent entre passionnés du cyclisme, à l’occasion des courses, pour échanger et voir ce qu’il faudrait améliorer sur les épreuves, en fonction des expériences de chacun.


2. Dans un cyclisme mondialisé, comment envisagez-vous l’avenir des courses françaises professionnelles ? La passion des organisateurs et la fidélité des sponsors suffiront-elles pour attirer les grandes équipes UCI Pro Tour, invitées à courir partout dans le monde (Chine, Qatar, Oman, Indonésie, Gabon, Etats-Unis) ?

J.F.P : Le cyclisme français, belge, italien doit accepter et s’adapter aux nouvelles épreuves. Il faut que chaque organisateur adapte ses dates de courses en fonction du calendrier international. Les équipes belges participent en priorité aux courses en Belgique, les équipes espagnoles à celles qui se déroulent en Espagne et les Italiens aux Italiennes. Toutes les équipes veulent participer au Tour de France. Les courses françaises du mois de février n’ont pas de souci pour avoir des équipes. Alors qu’au mois de mai, il est plus difficile de positionner des courses qui intéresseront les coureurs. Les uns finiront les classiques de printemps, les autres se prépareront déjà pour les grands Tours.
Le calendrier français développé par la LNC est d’abord fait pour les équipes françaises. Ensuite le paramètre des dates de courses internationales rentre en ligne de compte dans le choix des équipes à participer telle ou telle course.

T.G : Ce qu’il faut dire en priorité c’est que le vivier des coureurs français n’a jamais été aussi important qu’à l’heure actuelle. Pendant longtemps, il n’y avait que très peu d’équipes professionnelles françaises. Aujourd’hui, elles sont neuf. Par ailleurs, si l’internationalisation des courses peut faire peur, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les coureurs pros représentent les cinq continents. Pendant longtemps, le cyclisme se déroulait en France, Belgique, Italie et en Espagne. Aujourd’hui, grâce à l’internationalisation des épreuves, on trouve des coureurs des pays de l’Est, des Américains, des Australiens, des Africains.

Cette évolution est positive pour le vélo. Les équipes se sont étoffées : de 21 coureurs, nous sommes passés à 28, ce qui permet aux équipes professionnelles de participer à plus d’épreuves.

Les spectateurs français attendent de voir des Français


3. Quelles sont, selon vous, les qualités majeures d’un bon organisateur, d’un bon Directeur de course ?

J.F.P : Un bon organisateur de course doit avoir une bonne connaissance du sport cycliste. Par exemple, pour faire une course dure, il ne faut pas prévoir un mur terrible dès le premier km de course pour ensuite avoir 200 kms de plat. Il faut toujours anticiper sur le scénario de course idéal, et donc positionner les côtes au bon endroit. En fait il faut avoir une certaine « science » du vélo. En général il faut avoir de l’expérience : prévoir une épreuve de 220 kms en circuit ne serait pas efficace. Il serait plus intéressant de tracer une course un peu plus courte mais avec des difficultés, ce qui favorisera les attaques et favorisera le spectacle.

Un bon directeur de course doit bien connaître les règlements, il est le garant des conditions de course. Il doit anticiper sur le parcours, ne pas faire doubler les véhicules lorsqu’on arrive en haut d’une côte, savoir quand dégager les motos lorsqu’un obstacle se présente, bien réagir face à un passage à niveau… Le directeur de course doit aussi être associé au jury des commissaires, qui assure la régularité de la course. Son rôle est surtout de réguler tout ce qui roule à l’échelon de la course.

T.G : J’ajouterais qu’un directeur de course doit bien connaître son parcours, être en lien direct et constant avec les forces de l’ordre pour assurer la sécurité des coureurs et des spectateurs. Il doit aussi bien connaître les règlements internationaux de l’UCI, afin de pouvoir réagir vite en cas de problème.


4. Vous qui avez une vision globale de la saison 2013, quels seront les temps forts ? Les grandes épreuves ? A ce titre, quelles sont les innovations du tracé du 100e Tour de France ?

J.F.P : Les temps forts de la saison sont généralement les Classiques de printemps puis les grands Tours. Les Italiens préparent le Giro, les Espagnoles la Vuelta et tous préparent le Tour de France. Les spécialistes des Classiques préparent les Classiques de printemps. En début de saison, le programme des coureurs est prêt jusqu’au Tour de France. Contador a, par exemple, déjà annoncé tout son calendrier jusqu’au Tour de France.
Dans la saison, il y a donc des passages incontournables, les organisateurs français le savent, et la difficulté pour eux est de venir placer leur course entre les temps forts du calendrier international.

Le 100ème Tour de France part de Corse, ce sera l’événement de cette édition. Ensuite la dernière étape, qui sera précédée d’une étape de montagne : on passera donc directement du Semnoz aux Champs-Elysées. Et enfin, l’arrivée à Paris se déroulera en fin d’après-midi ce qui permettra d’avoir, pour le première fois, une remise des prix sous les lumières parisiennes.

La tradition est par ailleurs respectée avec le passage dans les Alpes et les Pyrénées, les étapes de plat et celles plus accidentées.

Enfin, les grimpeurs seront favorisés car avec le départ de Corse, dès la 2ème étape la course sera difficile. Après le passage en Corse, on devrait déjà avoir une certaine hiérarchie qui se sera créée. Les leaders potentiels du Tour seront dans les 30 premiers, alors que généralement après une semaine de course, les leaders sont dans les 100 premiers. La course sera peut-être moins nerveuse dans la première semaine de course et avec probablement moins de chutes.

T.G : Personnellement, j’attends de voir des jeunes Français confirmer et exploser au haut niveau, afin que les passionnés du vélo puissent enfin rêver. La nouvelle génération est extrêmement prometteuse. J’espère qu’ils ne vont pas se brûler les ailes et qu’ils vont confirmer. La course où il faut « être bon », c’est évidemment le Tour de France. C’est celle où il faut se montrer, c’est le passage incontournable de la saison pour les meilleurs.

Cette année, le Tour de France sera un Tour pour les grimpeurs. Le kilométrage des contre-la-montre est très réduit par rapport à l’année dernière : 60 à 65 km environ contre plus de 100 km l’an passé. C’est aussi un Tour très varié, avec des étapes courtes et nerveuses en montagne et des étapes plus longues. Il y en a un peu pour tous les goûts.


5. Le palmarès du Tour restera éternellement vierge pour les années 1999-2005 : en matière de lutte contre le dopage, quels sont les moyens d’action d’un organisateur et quels sont les limites de l’exercice ?

Réponse commune de J.F.P et T.G : Les organisateurs n’ont aucun pouvoir sur les contrôles antidopage. Ils doivent mettre en place et payer les contrôles car il s’agit toujours d’épreuves de dimension internationale (en France, seul le championnat de France est une épreuve nationale sur laquelle les contrôles sont financés par les pouvoirs publics). En dehors de ça, ils ne peuvent pas demander que tel ou tel coureur soit contrôlé. Ensuite, c’est l’organisateur qui sera attaqué si l’un des coureurs engagés ou le vainqueur est positif. Les pouvoirs publics et les Fédérations sont les seuls maîtres d’œuvre des contrôles antidopage.



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